- Obnubilés -
La lumière bleue les fascine,
Comme les moustiques le sont, la nuit,
D’une lampe allumée et blafarde.
Leurs yeux ne quittent plus
Le rectangle lisse et brillant.
Leurs doigts le caressent doucement,
De bas en haut.
Encore et encore.
De bas en haut.
Sans effort.
De la réalité, ils se défilent.
Et les images défilent :
Des bouts de vies,
Des bouts d’égos.
Qui est le plus vu ?
Qui est le plus beau ?
Plus rien ne compte
Que les comptes auxquels ils s’abonnent,
Que les contes auxquels ils s’abandonnent,
L’esprit plongé tout entier
Dans une bulle de néant.
Déconnecté du sol.
Des connectés du seul.
Seuls face aux images,
Cherchant mieux que leurs propres rêves.
Captés.
Captifs.
Chétifs, face aux algorithmes tentaculaires
Qui déchiffrent leurs moyennes existences,
Qui les monnayent et s’enrichissent.
Ils sont vendus
Comme de vulgaires détritus.
Enfouis, dénaturés.
Humains inhumés.
Ils le savent pourtant, mais,
Comme une barque au milieu des flots,
Ils reviennent dans cet océan de pixels
Où l’oubli est instantané,
Où on aime le pouce levé,
Où on cherche la spontanéité.
Et ils s’y perdent.
Noyés dans le vague.
Craintifs du néant.
Par le vent,
Obnubilés.
Mathieu Finet

